Depuis la veille, comme pour des millions de français,  l’attentat de Magnanville reste dans ma tête. Une nouvelle fois, je reçois quelques quelques textos enragés de Manu et de quelques autres qui sont dans la colère. Pascal me rappelle que , dans dans les années 2000, sur les murs de certaines cités on placardait les noms des policiers du quartier, qu’on menaçait déjà de représailles les flics de la Bac et leurs familles. Et puis je reçois l’appel d’Isabelle. D’habitude c’est moi qui appelle, comme si elle avait toujours peur de me déranger, de me faire perdre du temps avec son histoire de flic. Sa voix est rocailleuse, tremblante et laisse deviner que sa nuit de travail a été longue et qu’elle n’a pas trouvé, au petit matin, le réconfort du sommeil. Aujourd’hui,  je sais que mes mots seront inutiles, que je dois juste écouter sa détresse et sa tristesse face à ce que laisse entrevoir  l’assassinat de ces policiers.  Pour Isabelle, la catholique, qui a fait de son métier un sacerdoce, un dialogue permanent avec l’humanité et vers ses frères de labeur, ce jour est une chute vers les abîmes, que même l’alcool ne pourrait pas guérir. Ils n’en peuvent plus me dit-elle, la rage est trop grande, la violence omniprésente. Isabelle est en train de perdre « sa guerre » .  Mais comment ne pas comprendre ses collègues , qui furent aussi les collègues de Ahmed Merabet.

Ce matin, j’aimerais pouvoir la réconforterlui dire que demain sera parfait, même si c’est un affreux mensonge.

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