« Une vie en bleu ordinaire » 

Pascal avance mécaniquement dans les méandres du A. Démarche de zombie, uniforme en vrac, le corps las. Les bureaux et les couloirs sont déserts. Arrivé à l’accueil, il retrouve Alexandre en plein affrontement avec un major. Il s’approche d’eux lentement. Les deux hommes ne le remarquent pas. C’est comme si il n’était pas là. Pascal serre les poings, son visage se durcit.

La Première Ligne - 7 personnages, 1 commissariat, 20 ans de vie de flic.

PASCAL – (« Minouche »)

46 ans.
Brigadier / commissariat d’Agen.
Pascal est originaire d’une petite bourgade du sud-ouest.
Un père réfugié espagnol, une mère française, assistante sociale
Le goût du sport et de la camaraderie l’amène à passer le concours pour devenir policier. La sécurité de l’emploi est aussi une bonne perspective. La ligne semble toute tracée.
C’est l’anti-cowboy, blagueur, le bon copain. Divorcé, 2 enfants.

Fin des années 90, l’arrivée au commissariat de Juvisy marque le premier désenchantement du petit gars de province. Nouveau territoire urbain, nouvelle population, premiers malaises et premières solitudes face à ce nouvel univers (dormir dans sa voiture ou au commissariat avant de trouver un logement, attendre que sa femme le rejoigne, découvrir la misère et la violence des cités…). Au commissariat, il faut trouver la force de ne pas s’effondrer les premiers mois. C’est Daniel, le flic d’ici, qui l’aidera à tenir le coup et à ne pas subir. Intégrer la famille flics, rester avec ceux qui savent et qui possèdent le même langage. 2005, son enfant est né mais son couple est déjà sur la route de la séparation. Après la nouvelle flambée de violence en 2007, il obtient sa mutation pour ses terres natales.

Direction les Compagnies Républicaines de Sécurité et de nouvelles histoires de copains au milieu de la violence. 2018  : Pascal a quitté la CRS pour rejoindre un petit commissariat de province. Il espère tenir jusqu’à la retraite sans que Personne ne le fasse plus chier. Coté privé, son deuxième divorce est prononcé depuis quelques mois. C’est un homme libre. Il peut partir à la recherche de Marie.

« L’accent du sud, le sourire et les blagues qui font du bien. Là-bas, c’était le collègue idéal, le discret. Celui qui ne va pas péter les plombs en inter, l’anti cow-boy. Évidemment je savais que sa vie de flic était plus compliquée que cette façade. Comme pour nous tous. »

(Alexandre, à propos de Pascal)

Aux prémices de son histoire, je distingue d’abord un homme timide, un flic modeste. Pascal parle peu de lui ou de son passé, c’est les copains d’abord.  Après dix ans à arpenter les quartiers et les cités d’une banlieue parisienne, il a retrouvé sa terre natale pour finir sa carrière dans un commissariat plus paisible, loin des tours et de leurs faits divers.  Au fil du temps, je vais découvrir ses blessures, sa complexité et comprendre sa force, celle qui l’empêche de sombrer ou d’être un homme en colère.  Une vie pas si banale.

YANN

CARAVAN PASS & LE SPECTRE
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