« De l’art d’être policier »

Le regard de Daniel se pose au-delà des fenêtres, sur le toit des immeubles. Le corps est déjà raidi, les mains serrant la matraque. La colonne soudée, compacte, des policiers casqués s’apprête à entrer dans la cité. Daniel scrute une dernière fois l’attirail, les mains et le visage des plus jeunes, à la recherche de l’oubli, de la négligence qui peut coûter cher.

 

La Première Ligne - 7 personnages, 1 commissariat, 20 ans de vie de flic.

DANIEL (« Les bons tuyaux »)

46 ans.
Brigadier-chef / BAC / brigade de nuit en Bretagne
Il a grandi au milieu des tours d’une cité de la banlieue parisienne. Itinéraire d’un enfant de la classe moyenne (un père artisan, une mère coiffeuse) qui a joué au foot et fumé des joints avec ses futurs « indics ». De ces territoires, il en connaît les codes et les « deals » par cœur.
Divorcé, remarié avec son ancienne maîtresse. 4 enfants.
Sportif, dragueur, malin. Profondément libre.
Quand il arrive à JUV A à la fin des années 90, il n’est qu’à quelques kilomètres des rues de son enfance. Daniel s’acclimate vite à son métier. Il tente de guider chaque nouveau policier venant de province dans ces territoires inhospitaliers. Il empêche Pascal de sombrer dans une dépression.

En 2005, Daniel, le petit flic de quartier, pressent les futures violences et tragédies de notre société. Il voit bien que l’islamisme radical rôde, que la République est absente de certains territoires. Quand Marie et Manu arrivent à la JUV A, il est depuis longtemps un pilier de la bande. Les affrontements de 2005 et 2007 au commissariat de Juvisy marqueront le clivage définitif avec les lieux de son enfance. Les années qui suivent annoncent les années de plomb mais pas celles des résignations. Pour Daniel, partir deviendra la seule option pour retrouver la paix et être définitivement un flic. Direction la Bretagne où un poste de bacqueux l’attend.

La disparition de Marie brise sa routine bretonne. Il n’a pas oublié ses camarades de Juvisy, la petite fliquette qu’il draguait.  Il ne peut s’empêcher de vouloir revenir aux racines de sa vocation.

« Heureusement qu’il était là. On avait le même âge mais il était des quartiers. Très vite il avait ses bons plans, les bons cousins et surtout la bonne parole. »

(Pascal sur Daniel, 2015)

Dès le premier dialogue,  la parole est facile.  Il me raconte avec lucidité et sérénité le métier et  ses coulisses.  Daniel, aujourd’hui flic de province, père de famille, est de ceux qui ont appris du terrain, des coups et des erreurs.  Il est de ceux qui ont écouté les anciens et qui veulent maintenant transmettre aux recrues. Pourtant, au fil des rencontres, derrière les apparences, je vois que même pour Daniel, « le professeur », les blessures intimes refont surface : le souvenir des émeutes urbaines des années 2000, de l’incompréhension de la hiérarchie et de la famille, ne s’efface pas du jour au lendemain. Comme tous les autres, Daniel doit lutter pour trouver sa place hors de l’univers policier.  

YANN

CARAVAN PASS & LE SPECTRE
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